Neuf parcs et jardins de la Somme où l’on marche autrement
7 août 2026 · La rédaction de Sortir dans les Hauts-de-France · Somme
Dans la Somme, les parcs et jardins ne se contentent pas d’être verts : ils racontent des histoires, jouent avec les échelles et brouillent les frontières entre nature domestiquée et paysages sauvages. Voici neuf lieux où la promenade devient une expérience singulière, du plus discret au plus spectaculaire.
1. Entre Charmilles et Buis — Allonville
Ce jardin d’à peine un hectare, niché dans la campagne d’Allonville, est une leçon de patience et d’intimité. Les propriétaires ont sculpté l’espace autour d’une maison contemporaine, en jouant sur les contrastes : des charmilles taillées en rideaux serrés encadrent des massifs de rosiers grimpants, tandis qu’un nouvel espace contemporain, plus épuré, dialogue avec les buis centenaires. On y vient pour observer comment quelques mètres carrés peuvent suffire à créer des ambiances radicalement différentes, du jardin de curé au salon végétal.
2. Jardins du Carmel — Abbeville
Derrière les murs austères de l’ancien couvent des Capucins, transformé en carmel au XIXe siècle, se cache un jardin où le temps semble suspendu. Les religieuses ont aménagé des allées rectilignes bordées de tilleuls, des carrés de simples et des espaces de méditation, le tout dans une sobriété qui contraste avec l’exubérance des jardins voisins. L’endroit intrigue moins par ses floraisons que par son atmosphère : on y devine encore la rigueur monastique, comme si chaque plante avait été choisie pour sa discrétion autant que pour sa beauté.
3. Jardins de LY — Senarpont
À Senarpont, un jardin familial de 12 000 m² défie les attentes. Ici, pas de cohérence thématique, mais une succession d’univers qui semblent échappés d’un carnet de voyage : une bambouseraie traversée par un labyrinthe, un jardin japonais où les érables côtoient des lanternes de pierre, un espace dédié aux plantes carnivores, et même une collection de 150 bonsaïs. Le potager, bordé de conifères taillés en cônes, cultive des légumes anciens comme s’il s’agissait de pièces de collection. L’ensemble donne l’impression d’un cabinet de curiosités végétales, où chaque détour réserve une surprise.
4. Jardin de l’Hôtel d’Emonville — Abbeville
Ce jardin anglo-chinois du XIXe siècle, créé par une famille bourgeoise d’Abbeville, est un hommage aux voyages lointains. Les arbres remarquables — cèdres, ginkgos, séquoias — y côtoient des fabriques inspirées des pagodes, tandis que les allées sinueuses invitent à la flânerie. Ce qui frappe, c’est l’équilibre entre exotisme et familiarité : les essences venues d’ailleurs s’intègrent parfaitement au paysage picard, comme si le jardin avait toujours été là. Un lieu où l’on comprend comment le romantisme a transformé les parcs en décors de rêve.
5. Jardin Floral du Château de Digeon — Morvillers-Saint-Saturnin
Le jardin de Digeon joue la carte de la démesure contrôlée. Trois univers s’y juxtaposent sans se mélanger : une roseraie où les variétés anciennes grimpent le long d’arceaux métalliques, un jardin à l’anglaise où les massifs semblent avoir poussé naturellement, et un potager aux formes géométriques, presque sculpturales. Le contraste entre ces espaces est saisissant, comme si le jardin cherchait à épuiser toutes les possibilités du genre. La visite devient une exploration, où l’on passe d’un univers ordonné à un autre, plus sauvage, sans transition.
6. Parc du Château de Creuse — Creuse
Autour d’un château du XVIIIe siècle en pierre blonde, ce parc de quatre hectares marie deux styles avec une élégance rare. D’un côté, un jardin à la française, avec son bassin central et ses parterres symétriques, où chaque buis est taillé au millimètre. De l’autre, un parc à l’anglaise, plus libre, où les arbres forment des bosquets et où un jardin japonais, ajouté plus tard, apporte une touche de sérénité. L’ensemble donne l’impression d’un dialogue entre deux époques, comme si le parc avait été conçu pour montrer que rigueur et fantaisie peuvent coexister.
7. Parc du Château de Long — Long
Le domaine de Long est un monde en miniature, où chaque élément semble avoir été placé pour créer une illusion de nature maîtrisée. Les terrasses descendent vers la Somme, bordées d’allées plantées de tilleuls et de statues qui surgissent au détour d’un virage. L’étang de six hectares, les serres (chaude et froide), l’orangerie et la glacière rappellent que ce parc était autrefois un lieu de production autant que de plaisir. Aujourd’hui, on y vient pour arpenter ces allées comme on lirait un roman : chaque détail — le lavoir, les communs décoratifs — raconte une histoire.
8. Cimetière paysager de la Madeleine — Amiens
Le cimetière de la Madeleine n’est pas un parc, mais il en a l’âme. Sous les frondaisons des arbres séculaires, les vieux monuments funéraires — dont celui de Jules Verne — se mêlent aux tombes plus récentes, le tout dans une atmosphère de sous-bois romantique. Les allées sinueuses, les clairières où la lumière filtre à travers les feuilles, et même les mausolées couverts de lierre en font un lieu de promenade inattendu. Ici, la mort et la nature se répondent, créant une forme de paix étrange, comme si le temps s’était arrêté.
9. Parc du Château de Régnière-Écluse — Regnière-Écluse
Ce parc est une leçon de perspective. Conçu dans les années 1840 dans le style de Capability Brown, il joue avec les vues infinies, comme si la forêt de Crécy n’avait pas de limites. Les longues allées, tracées pour donner l’illusion d’un paysage sans fin, mènent à un château gothique troubadour, œuvre des frères Duthoit. Ce qui frappe, c’est l’audace du projet : ici, le parc n’est pas un décor, mais une machine à rêver, où chaque arbre, chaque colline, a été placé pour créer une impression de grandeur sauvage. Un lieu où l’on se sent à la fois perdu et parfaitement à sa place.