Neuf forêts du Nord où l’on respire autrement
26 octobre 2026 · La rédaction de Sortir dans les Hauts-de-France · Nord
Entre clairières humides, futaies centenaires et cicatrices discrètes de l’histoire, les boisements du Nord composent une mosaïque de paysages que l’on parcourt rarement par hasard. Voici neuf lieux où la forêt se révèle bien plus qu’un décor : une matière vivante, un refuge ou un récit.
1. Bois d’Infière – Gruson
Ici, la forêt se traverse sur des caillebotis qui enjambent les marécages. Les saules et les aulnes s’enracinent dans une terre gorgée d’eau, et les mégaphorbiaies – ces hautes herbes des lisières humides – forment des rideaux mouvants où se cachent libellules et grenouilles. Un kilomètre de platelages suffit à plonger dans un autre monde, celui des boisements fantomatiques où l’on entend l’eau avant de la voir.
2. Bois de la Noyelle – Sainghin-en-Mélantois
Vingt-cinq hectares de peupliers, de frênes et de chênes pédonculés étagés sur la plaine alluviale de la Marque. Les sentiers, toujours ombragés, épousent les courbes douces du relief et mènent à des clairières où le sol se couvre de fougères. On y croise plus de chevreuils que de promeneurs, et le silence n’est troublé que par le froissement des feuilles sous les pas. Un bois discret, presque secret, à deux pas des zones industrielles.
3. Bois de la Tassonnière – Cysoing
À la lisière de la métropole lilloise, ce bois de 79 hectares abrite des essences remarquables que le Département a choisi de préserver. Le parcours principal, large et accessible, serpente entre des arbres aux troncs massifs, certains assez vieux pour avoir vu passer les charrettes des carriers d’autrefois. L’ambiance oscille entre sous-bois paisible et clairières ouvertes, comme si la forêt hésitait encore entre nature sauvage et parc urbain.
4. Bois Chenu – Proville
Ce n’est pas une forêt, mais un travail patient de reconquête écologique. Autour des zones humides restaurées, les saules et les aulnes ont repris leurs droits, et les mares attirent une faune qui avait déserté les lieux. Les sentiers, tracés pour limiter l’érosion, permettent d’observer les libellules posées sur les roseaux ou les traces de ragondins dans la boue. Un exemple rare de nature qui reprend ses droits en milieu périurbain.
5. Bois de Lécluse – Lécluse
Quatorze hectares où l’histoire a laissé des traces plus profondes que les racines. Au fond du bois, les tranchées d’entraînement des soldats de la Première Guerre mondiale sont encore visibles, creusées dans la terre meuble. Plus tard, le site a servi d’entrepôt pour les betteraves sucrières, et les vestiges de cette époque industrielle côtoient les chênes et les hêtres. Une forêt qui porte les cicatrices du passé, sans jamais les cacher.
6. Forêt Domaniale de Marchiennes
Huit cents hectares de pins sylvestres et de mares où se reflètent les nuages. Les milieux humides, préservés au cœur du massif, abritent des espèces rares, comme la drosera, une plante carnivore qui piège les insectes. Les sentiers, larges et bien balisés, permettent de s’enfoncer dans des futaies où la lumière filtre à peine. Un poumon vert au milieu des plaines agricoles, où l’on peut marcher des heures sans croiser âme qui vive.
7. Forêt de Condé-Bonsecours – Condé-sur-l’Escaut
À cheval sur la frontière belge, cette forêt domaniale s’étend sur des collines boisées où chênes et hêtres dominent. Les sentiers grimpent vers des points de vue d’où l’on aperçoit, par temps clair, les terrils du Hainaut. Le sous-bois, tapissé de mousse et de fougères, change de couleur au fil des saisons, passant du vert tendre au rougeâtre en automne. Un massif transfrontalier, où l’on peut passer d’un pays à l’autre sans quitter l’ombre des arbres.
8. Bois l’Évêque – Ors
Sept cent cinquante hectares de forêt domaniale, où les chênes et les hêtres côtoient des pins plantés pour stabiliser les sols sableux. Les chemins, souvent déserts, serpentent entre des clairières où poussent bruyères et genêts. On y trouve aussi des mares, vestiges des anciennes tourbières, où se cachent tritons et grenouilles. Une forêt sauvage, où l’on peut se perdre sans risque, à condition de garder un œil sur la boussole.
9. Forêt de Mormal – Locquignol
Fermée au public depuis la tempête de 2026, la forêt de Mormal reste un symbole. Avec ses chênes centenaires et ses hêtres majestueux, elle était l’une des plus belles futaies du Nord. Les travaux de sécurisation, toujours en cours, laissent entrevoir des trouées où la lumière inonde désormais le sous-bois, accélérant la repousse des fougères et des jeunes pousses. Un lieu en suspens, où la nature reprend ses droits après le chaos, et où l’on devine, derrière les barrières, l’ombre des géants d’autrefois.