Laon et ses alentours : quand l’histoire se raconte en images et en pierres
21 septembre 2026 · La rédaction de Sortir dans les Hauts-de-France · Aisne
Cette semaine, l’Aisne se transforme en une galerie à ciel ouvert où chaque exposition, chaque visite guidée, chaque lieu chargé de mémoire devient une invitation à regarder autrement. Pas de simple accumulation de dates ou de sites, mais une véritable exploration de ce que signifie voir : voir un paysage, une cathédrale, un objet du quotidien, ou même l’absence de ce qui a disparu. Et si le fil rouge de ces propositions tenait en une question discrète, presque philosophique ? Comment ce que l’on croit connaître peut-il soudain nous surprendre ?
Laon, capitale des regards décalés
C’est à Laon que l’on trouve cette semaine la plus belle concentration d’expositions qui jouent avec nos habitudes de perception. Parmi elles, « Le Visible & l’Invisible » se détache comme un coup de cœur. Installée au cœur même de la cathédrale Notre-Dame, cette proposition de la Communauté d’Agglomération du Pays de Laon ne se contente pas de nous faire admirer les vitraux ou les sculptures. Elle nous pousse à décrypter ce que nos yeux effleurent chaque jour sans vraiment le saisir : les détails architecturaux oubliés, les symboles cachés dans la pierre, les traces des artisans qui ont façonné ce monument il y a près de neuf siècles. Une exposition qui transforme une simple visite en une chasse aux trésors, où chaque découverte donne l’impression de percer un secret.
Laon, décidément, aime les chats. Après Champfleury, natif de la ville et auteur d’un essai célèbre sur ces félins en 1868, le musée lui consacre une exposition joyeuse et érudite, « Chat, chat, chats ! ». On y découvre comment ces animaux, souvent associés à la superstition ou à la fantaisie, ont inspiré l’art, la littérature et même la science. Une parenthèse légère, mais pas superficielle, qui rappelle que l’histoire locale sait aussi se faire malicieuse.
Et puis, il y a l’ouverture du Musée Corda, un événement en soi. Dédié au sculpteur rémois Mauro Corda, ce nouvel espace muséal s’installe dans la ville haute et promet de révéler une œuvre puissante, où le corps humain est à la fois célébré et questionné. Le rez-de-chaussée accueillera des pièces monumentales, tandis que les étages abriteront des œuvres plus intimistes. Une occasion rare de découvrir un artiste contemporain dont le travail dialogue avec les grands thèmes de l’histoire de l’art, sans jamais tomber dans le pastiche.
Quand l’histoire se décline en objets et en images
À quelques kilomètres de là, Vassogne propose une plongée dans le quotidien des villages avec « Sociabilités villageoises ». Plus de 300 objets y racontent la vie des cafés, des épiceries, des tabacs, mais aussi des lieux de rencontre moins évidents : les lavoirs, les places publiques, les fêtes locales. Une exposition qui parle de ce qui unit les gens, souvent sans qu’ils en aient conscience. On y découvre des objets modestes, mais chargés de sens : une vieille caisse enregistreuse, une enseigne de bistrot écaillée, une machine à café des années 1950. Autant de traces d’une époque où la convivialité n’était pas un concept marketing, mais une nécessité.
Pour ceux qui préfèrent les récits plus anciens, Chevregny offre une fascinante rétrospective de l’écriture avec « De la tablette à la tablette ». Douze panneaux suffisent à résumer 5000 ans d’évolution : des premières inscriptions cunéiformes sur argile aux écrans tactiles d’aujourd’hui. L’exposition rappelle que l’écriture n’a jamais été un simple outil, mais un miroir des sociétés qui l’ont inventée. Une manière de prendre conscience que nos « likes » et nos messages instantanés s’inscrivent dans une histoire bien plus longue qu’on ne l’imagine.
Mémoire et création : l’art face à l’histoire
À Oulches-la-Vallée-Foulon, la Caverne du Dragon accueille « Victoires - Regards des peintres de l’armée », une exposition qui interroge la manière dont l’art a façonné notre mémoire des conflits. Comment représenter la guerre sans tomber dans le piège de la glorification ou de l’oubli ? Les œuvres présentées, réalisées par des artistes officiels de l’armée, oscillent entre réalisme et symbolisme. Certaines toiles, presque héroïques, contrastent avec d’autres, plus sombres, où l’on devine la lassitude des soldats. Une exposition qui ne laisse pas indifférent, et qui rappelle que l’art, même commandé par le pouvoir, peut aussi être un acte de résistance.
Enfin, pour ceux qui aiment les images contemporaines, Chauny propose une exposition photographique signée Charles Thiefaine. Réalisée dans le cadre d’une mission européenne sur les projets architecturaux et urbains, elle capture des paysages en mutation, où le neuf dialogue avec l’ancien. Des clichés qui racontent une région en mouvement, sans nostalgie excessive, mais avec une attention particulière aux détails qui font la singularité des lieux.
Sous les pavés, l’histoire
Impossible de quitter Laon sans évoquer « Secrets sous la ville », une visite guidée des souterrains de la citadelle. Pendant une heure, on plonge dans les entrailles de la ville, où se superposent 40 millions d’années d’histoire : des carrières médiévales aux abris de la Seconde Guerre mondiale, en passant par les caves des maisons bourgeoises. Une expérience immersive, où l’on découvre que Laon, perchée sur sa butte, cache bien des mystères sous ses pavés. Le guide, équipé d’une lampe torche, fait revivre ces lieux oubliés avec une passion contagieuse. Une visite qui donne envie de revenir explorer la ville en surface, avec un regard neuf.
Et si on prolongeait la visite ?
Pour ceux qui souhaiteraient prolonger leur exploration de l’Aisne, quelques lieux s’imposent comme des étapes incontournables. L’abbatiale Saint-Ferréol d’Essômes-sur-Marne, par exemple, impressionne par ses proportions : 22 mètres sous voûte, un transept de 30 mètres de large. Un édifice gothique d’une pureté rare, où la lumière joue avec la pierre pour créer une atmosphère à la fois solennelle et apaisante.
À quelques kilomètres, l’abbaye de Longpont, fondée par Saint-Bernard en 1131, offre un contraste saisissant. Partiellement ruinée, elle conserve une beauté mélancolique, accentuée par son environnement forestier. Les pièces d’eau qui l’entourent ajoutent une touche de sérénité à ce lieu chargé d’histoire.
Enfin, pour les amateurs de sites plus sauvages, l’abbaye de Vauclair et l’abbaye Notre-Dame de Valsery valent le détour. La première, fondée en 1134, a traversé les siècles malgré les guerres et les révolutions, tandis que la seconde, fondée en 1125, raconte neuf siècles d’histoire des Prémontrés. Deux lieux où le temps semble suspendu, où l’on peut encore entendre l’écho des chants grégoriens.
Cette semaine, l’Aisne se révèle comme un territoire où l’histoire, l’art et la mémoire se croisent sans cesse. Que l’on préfère les expositions pointues, les visites insolites ou les lieux chargés de spiritualité, une chose est sûre : ici, le passé n’est jamais très loin, et il a toujours quelque chose à nous dire.
Pour en savoir plus
- Exposition "Quadrimage"
- Exposition à Vassogne : "Sociabilités villageoises"
- Exposition à Laon : "Le Visible & l’Invisible"
- Exposition à la Caverne du Dragon : "Victoires - Regards des peintres de l’armée"
- Exposition à Laon : "Chat, chat, chats !"
- Ouverture du Musée Corda à Laon
- Exposition à Laon : "50 ans de patrimoine photographique : Regards de l’Inventaire général du patrimoine culturel des Hauts-de-France"
- Exposition à Chevregny : "De la tablette à la tablette : 5000 ans d'écriture"
- Exposition photographique à Chauny
- Visite guidée des souterrains de Laon
- Abbatiale Saint-Ferréol d'Essômes-sur-Marne
- Abbaye de Longpont
- Abbaye de Vauclair
- Abbaye Notre Dame de Valsery