6 itinéraires pédestres dans la Somme : du marais aux falaises, la marche autrement

2 novembre 2026 · La rédaction de Sortir dans les Hauts-de-France · Somme

6 itinéraires pédestres dans la Somme : du marais aux falaises, la marche autrement

La Somme se parcourt à pied comme on feuillette un atlas vivant : chaque pas révèle une page différente, du marais gorgé d’eau aux falaises battues par les vents, en passant par des vallées secrètes où le temps semble suspendu. Voici six chemins qui ne se contentent pas de relier des points A et B, mais racontent une histoire, celle d’un territoire façonné par les fleuves, les guerres et les hommes.

1. La Vimeuse, Tilloy-Floriville : la vallée qui murmure

Ici, la Vimeuse n’est pas un simple affluent, mais une présence discrète qui guide la marche. Le sentier serpente entre les frênes et les aulnes, là où la rivière s’étire en méandres paresseux, presque timides. Ce qui frappe, c’est le silence : pas de route à proximité, juste le frottement des feuilles et, parfois, le cri d’un martin-pêcheur. L’église Saint-Jean-Baptiste, avec ses pierres usées par quatre siècles d’intempéries, sert de repère avant de plonger dans les bois. À Hélicourt, le hameau semble figé dans un autre siècle, comme si la modernité avait oublié de passer par là.

2. Le bois du Quesnoy, Fossemanant : l’ancienne voie ferrée qui respire encore

Le chemin de halage a disparu, mais son fantôme persiste sous les roues des vélos et les pas des randonneurs. La promenade commence dans l’ombre des hêtres du bois du Quesnoy, puis débouche sur une plaine où le vent balaie les champs à perte de vue. Le vrai coup de théâtre ? Le pont métallique, vestige d’une ligne de chemin de fer oubliée, qui enjambe le sentier comme un décor de western. En contrebas, la chapelle Saint-Nicolas, avec son toit de tuiles moussues, et la ferme circulaire – rare exemple de motte féodale encore visible – rappellent que ce coin de campagne a été un lieu de pouvoir bien avant de devenir un spot de randonnée.

3. Le marais des Vaches, Étinehem-Méricourt : là où la Somme s’endort

Contrairement aux marais côtiers, souvent spectaculaires, celui-ci est un monde en sourdine. Les étangs reflètent le ciel comme des miroirs ternis, et les digues herbeuses, tracées par les paysans d’autrefois, dessinent un labyrinthe paisible. Ce qui surprend, c’est l’absence de foule : on croise plus de hérons que de promeneurs. Depuis les hauteurs, la vue porte jusqu’aux méandres de la Somme, assagie après des siècles de crues. En redescendant, les croix de pierre et la chapelle de la Vierge, perchées sur des buttes, semblent veiller sur ce paysage où l’eau et la terre se disputent sans fin.

4. De Long à Abbeville : la Somme en version sauvage

Ce n’est pas un chemin balisé de plus, mais une plongée dans l’intimité du fleuve. Le parcours suit la Somme sans la longer vraiment, jouant à cache-cache avec ses berges : tantôt on la devine entre les saules, tantôt elle disparaît derrière un rideau de peupliers. Les châteaux, disséminés comme des sentinelles, ne sont pas des forteresses médiévales, mais des demeures bourgeoises du XIXe siècle, discrètes et élégantes. L’arrivée à Abbeville, par les faubourgs, est une chute en douceur : on passe des champs aux pavillons sans transition, comme si la ville avait avalé la campagne d’un coup.

5. GR123, de Contes à Carlepont : la mémoire de pierre et de boue

Ce tronçon du GR123 est une leçon d’histoire à ciel ouvert. Les bois portent encore les cicatrices des bombardements de 1918, et les villages traversés – Ourscamp, Carlepont – alignent des maisons en brique rouge, reconstruites à la hâte après la guerre. Mais le plus marquant, c’est la diversité des paysages : on passe sans prévenir des vallées humides de l’Authie aux coteaux secs de l’Oise, comme si la Somme avait décidé de montrer toutes ses facettes en une seule randonnée. L’abbaye d’Ourscamp, avec ses voûtes gothiques, agit comme un point d’ancrage : un lieu où l’on comprend que ce chemin n’est pas seulement une boucle, mais une traversée du temps.

6. La Pointe du Hourdel, Cayeux-sur-Mer : là où la mer reprend ses droits

Ici, la marche devient spectacle. À marée basse, les vasières s’étendent à perte de vue, striées par les chenaux où l’eau stagne en flaques miroitantes. À marée haute, la mer avale tout en quelques minutes, comme si le paysage se renversait. Le Hourdel n’est pas une baie, mais une porte : celle par laquelle la Manche s’engouffre dans les terres, deux fois par jour, avec une régularité de métronome. Les oiseaux – spatules, avocettes – y sont chez eux, et les promeneurs, souvent silencieux, se contentent de regarder. Le vent, lui, ne s’arrête jamais : il sculpte les dunes, courbe les oyats, et rappelle que ce bout de terre, aussi fragile qu’une digue de sable, est avant tout un territoire de marées et de légendes.

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